Lors des Assises Nationales de la Médiation Sociales, qui se tenaient les 12 et 13 Décembre à Lyon, Martine PINVILLE est intervenue lors de la table ronde:
Comment la médiation sociale agit-t-elle sur la démocratie locale
en favorisant l’implication des habitants de la cité ?
Grands témoins Martine Pinville, Députée de Charente,
Marie Odile Novelli, Vice-Présidente déléguée au logement, à la politique de la ville et aux solidarités Région Rhône
Intervenants
Catherine Chardin Ministère du travail de l’emploi et de la santé, Stéphanie Musso et Zahia Bensekhri Chargée de mission Association Communauté, Santé Bien-être/La place santé, Djamila Debab Médiatrice sociale et culturelle à Interm’aide,Creil, Pierre Perez Directeur AMS, Marseille, Benoit Bourrat Directeur des PIMMS de Lyon
Voici l’intégralité de l’intervention:
« Je suis invitée à intervenir sur cette table ronde « Comment la médiation sociale agit-t-elle sur la démocratie locale
en favorisant l’implication des habitants de la cité ? ».
Permettez moi d’évoquer devant vous des phénomènes majeurs qui ont, pour moi, marqué l’affaiblissement du modèle démocratique traditionnel que nous connaissons…
Un petit rappel en préambule…
La dimension citoyenne est multiple : civile, politique, sociale. Aux droits individuels (liberté de la personne, libertés de parole, de pensée, d’expression, liberté d’aller et de venir, droit de propriété, droit à la sécurité …) se combinent les droits politiques et les droits sociaux (que sont la protection sociale, le droit à la santé, à l’éducation, au travail).
Ainsi le droit du travail est-il par essence étroitement lié à la qualité de citoyen. Cette donne est fondamentale dans une société où nous dépassons allégrement 4 millions de chômeurs…
La citoyenneté est confrontée à la croissance des inégalités, à la panne de l’ascenseur social, au déclin des classes moyennes et surtout à l’exclusion sociale qui contribuent à la destruction du lien social.
Il y a aujourd’hui une nouvelle question sociale: on a à faire autant à des inégalités dans les mêmes classes sociales qu’à des inégalités entre les classes, à des inégalités qui ne sont pas dues seulement à la hiérarchie sociale mais à des inégalités « devant le travail, CDD ou CDI, voire devant le surendettement, face aux nuisances urbaines, faces aux incivilités, face aux conséquences de l’implosion du modèle familial, devant les nouvelles formes de violence.
L’exclusion est l’étape ultime du processus que génèrent la précarisation et la perte du statut de salarié qui constituent une disqualification sociale notamment pour ceux qui cumulent des handicaps.
Je serai tenté de dire…que l’exclusion de l’espace social est aussi l’exclusion de l’espace public. Les sans-droits sont souvent aussi les sans-voix ou ceux qui pensent qu’ils n’ont plus rien à dire…ou qu’on ne les entends plus…
Face à ce constat, la médiation sociale a tout son rôle à jouer…
Je serais tenté de dire que les intervenants de la médiation sociale dans leur action quotidienne redonnent des droits à ceux qui les ont perdus…
Droits sociaux, juridiques, administratifs…voilà une des clefs de retour vers une citoyenneté réelle…
La médiation sociale joue ce rôle d’interface entre les habitants d’un quartier et les institutions…
L’accès à ces droits fondamentaux permet-il pour autant une approche collective, une implication des habitants dans la démocratie locale…
Une chose est sure…le modèle représentatif que l’on pourrait qualifier de classique est en perte de vitesse…
Les taux d’abstention record, lors d’élections récentes, que l’on a enregistrés en sont la meilleure preuve…
Face à cela, au niveau local, on a assisté à l’émergence de structures intermédiaires pour essayer de faire vivre la démocratie locale notamment les conseils de quartiers…
Quelle est l’idée qui a engendré leur installation… ?
Les conseils de quartier peuvent permettre la mise en place d’une politique de proximité qui pourrait se résumer comme une passerelle entre les décisions d’un conseil municipal et les besoins des habitants d’un quartier et inversement.
Ces initiatives territoriales, sur les quartiers, ne doivent pas être perçues seulement comme des réponses à l’urgence sociale très souvent présente malheureusement…
Sinon, l’effet recherché serait inverse…les habitants seraient stigmatisés…réduits à leur difficultés d’exclusion sociale, le sentiment d’insécurité …
Il en va de même pour le rôle que peut jouer la médiation sociale…
Son efficacité tient dans la capacité d’écoute des élus…souvent la volonté d’écoute est réelle mais la mise en œuvre est plus difficile…les élus ont leurs petites habitudes, leurs modes de fonctionnement…
Vous le savez, les médiateurs sociaux connaissent parfaitement les attentes des personnes qu’ils rencontrent…
D’un autre côté, les habitants sont en attente d’une transformation des services publics et privés via la parole des médiateurs qu’ils côtoient quotidiennement…
Ce travail se fait déjà…je le sais…encore faut-il le renforcer…
Elue sur l’Agglomération d’Angoulême, je connais le travail effectué dans ce sens par l’association OMEGA…association, vous le savez tous, pionnière dans le domaine de la médiation sociale….
Permettez-moi ici de saluer le remarquable travail de Jean MARDIKIAN qui a été le père de ce formidable réseau, de cette formidable dynamique…
La médiation sociale agit sur la démocratie locale dans le sens où elle redonne un contact indirect avec l’institution…
Mais cette démocratie locale ne peut vivre que si les habitants d’un quartier ou d’un immeuble sont associés et sont entendus et respectés. »
















